Alors que le marché italien du BTP est toujours soumis à la crise économique que connaît le pays, l'exportation, qui pèse 75% du chiffre d’affaires des principaux constructeurs nationaux de matériels de BTP, se confirme comme bouée de sauvetage. Mais qu’en est-il des métiers de la distribution et de la location en Italie ?...
Pour Franco De Michelis, directeur de l’ASSODIMI-ASSONOLO, alter-ego italien du DLR français
« le marché italien de la location et de la distribution n’est en rien comparable au marché français ». En effet, alors qu’en France les rôles sont relativement bien partagés, en Italie, sur les 2200 entreprises que compte le pays, 1600 pratiquent la double activité, alors qu’environ 600 d’entre elles sont des loueurs à part entière, ne vivant donc que de la location, notamment sur le segment des groupes électrogènes, des matériels d’élévation et d’échafaudages.
« Ce qui revient à dire qu’il est difficile de déterminer avec précision le chiffre d’affaires de la vente de matériels de construction que nous évaluons cependant à 5,40 milliards d’euros, contre 1,5 milliard pour la location en 2011, soit près de la moitié du chiffre d’affaires réalisé par les loueurs français ». A noter que la part de la location faite par les distributeurs est estimée à 30% du total de leur chiffre d’affaires, contre 70% pour la vente.
« La pénétration des matériels loués aux entreprises locales ne représente que 20% à 30%, contre 40% en France ».
Seules quelques sociétés de location d’obédience nationale, pas plus d’une vingtaine au total, franchissent la barre des 10 millions d’euros de chiffre d’affaires, parmi lesquelles la Compagnia Generale Trattori (CGT), distributeur de Caterpillar, Venpa, Scai-Hitachi, Cofiloc, une centaine entre 10 et 3 millions, le restant entre 3 et moins de 1 million d’euros de CA.
Autre « spécificité italienne » : le pays compte une myriade de petites et moyennes sociétés de BTP, clientes des loueurs et des distributeurs. Des entreprises très régionalisées, établies notamment dans le nord, le centre et le sud de l’Italie, alors que les quelques majors nationaux préfèrent s’expatrier en Europe de l’Est mais aussi en Afrique du Nord, en Turquie… Ce qui explique que les secteurs de la location et de la distribution sont eux aussi très atomisés, les sociétés de location étant historiquement implantées surtout dans le nord-est du pays, ainsi qu’en Lombardie et Emilie-Romagna.
On constate par ailleurs la quasi inexistence de groupes internationaux, à l’exception d’Aggreko, numéro un mondial de la location d’équipements pour l’énergie installé en Italie depuis 2010, d’Algeco et, plus récemment, du loueur full-liner hollandais Boels qui vient de créer trois agences (Milan, Vérone, Brescia). Les principaux loueurs européens hésitent encore à faire le pas, compte-tenu d’une part de la complexité d’adaptation au marché transalpin, d’autre part des difficultés liées à la crise économique.
« Toutefois, le potentiel de notre marché est tel que nous ne doutons pas un seul instant que ces grands groupes européens arriveront sur le territoire à moyen terme. Tout au moins dès que les mesures de relance engagées par Mario Monti auront produit leurs effets et que le pays sera sur la voie de la croissance, en particulier dans notre secteur », précise Franco De Michelis. En effet, si jusqu’en 2007 la location a enregistré une hausse à deux chiffres, de l’ordre de 15% à 20% d’une année sur l’autre, le secteur a amorcé une baisse relative dès 2009, pour atteindre -5,4% en 2011.
« Pour les trois premiers mois de l’exercice 2012, on table sur un recul de l’activité de -10 à -15 % compte-tenu de la baisse du marché des travaux publics de l’ordre de -40% », note Franco De Michelis.
Pour l’heure, si le marché italien du BTP connaît une véritable récession qui durera probablement toute l’année 2012, la voie à suivre pour les fabricants italiens est celle de l'exportation, en faisant levier sur l’excellence de la technologie italienne reconnue. Une qualité que les clients étrangers connaissent et apprécient, mais qui, pour être vraiment gagnante, doit s’appuyer davantage sur un service d’assistance après-vente moderne et efficace. Un aspect qui peut être encore amélioré.
1. L’ASSODIMI-ASSONOLO compte dans ses rangs plus de 450 entreprises adhérentes : constructeurs, loueurs et distributeurs nationaux.
En ce qui concerne le marché européen, pour le CECE et les analystes financiers, le sentiment positif des entrepreneurs européens se confirme : 71% d’entre eux s’attendent en effet à une augmentation du chiffre d’affaires pour les six prochains mois, à l’exception de la Grèce, de l’Espagne et de l’Italie qui, plus que d’autres pays de la Communauté, souffrent de la crise des dettes souveraines de la zone euro.
Le baromètre européen de la construction, réalisé par le groupe d’édition KHL pour la revue
Construction Europe , est arrivé à la même conclusion en matière d’exportation : pour les engins de terrassement (+42% par rapport à 2010), les grues à tour (+23%), les machines de forage (+20%), les engins pour travaux routiers (13%) et les bétonnières (+8%). À l’inverse, les machines pour la préparation des matériaux inertes chutent de 9%.
Dans ce contexte, en Italie, l’ANCE (Association italienne des entrepreneurs en bâtiment) estime que la réduction des investissements dans le secteur a été de 5% en 2011. Par ailleurs, elle prévoit une baisse supplémentaire de 3,8% en 2012.
De 2008 à 2012, le secteur aura connu une perte de valeur de 24,1%. Celui des travaux publics aura connu des restrictions de l’ordre de 37,2% ces cinq dernières années, qui ont pesé négativement sur le secteur.
Résultat, le bilan du marché intérieur italien en 2011 accuse une baisse significative. Cantiermacchine -association représentant les importateurs et distributeurs de machines de chantier en Italie- enregistre une baisse des ventes de l’ordre de 21,5% en 2011, touchant en particulier les poids-lourds pour le transport des matériaux, les pelles sur chenilles de plus de 6 tonnes, les chargeuses-pelleteuses et les chargeuses sur pneus. La baisse est moins importante pour les minipelles, les chargeuses sur pneus et sur chenilles.
Globalement, le marché italien a chuté de 65% entre 2007 et 2011. Mêmes constatations pour l’UNACEA (Unione Nazionale Aziende Construction Equipment & Attachments) au sujet des ventes d’engins de terrassement sur le marché italien, qui n’ont guère dépassé les 10 000 unités en 2011, avec une baisse de 21,2% par rapport à la même période en 2010. Une baisse encore plus dramatique frappe les engins pour travaux routiers (-43,6%). Baisse des ventes également pour les machines dédiées à la fabrication du béton (auto-bétonnières, pompes à béton, camions pompes et pompes à béton sur pneumatiques, centrales à béton), quoiqu’en ralentissement au cours du dernier trimestre de l’année dernière.