Manut' News #4

bardinet

Interview de Fabien Bardinet, directeur général de Balyo

Il était déjà au cœur de la newsletter DLR en début d’année dernière : le chariot autonome se fraie un chemin chez de plus en plus d’experts de la manutention. Parmi les exemples cités à l’époque, Balyo, spécialiste français en automatisme industriel. Le directeur général de l’entreprise, Fabien Bardinet, voit dans les chariots autonomes une opportunité de réduire progressivement les tâches les plus dangereuses et les plus pénibles dans la manutention.


Après avoir passé 7 ans chez le spécialiste français du robot humanoïde Aldebaran Robotics, pourquoi vous être investi sur le marché du chariot autonome ?
Je suis passionné par la technologie depuis toujours, et en particulier de l’impact que la technologie peut avoir sur le monde. L’aventure Aldebaran a été fascinante mais j’en ai gardé une petite frustration de robots encore trop éloignés des besoins du quotidien. Quand les actionnaires de Balyo m’ont parlé de leur vision et des défis à relever, je me suis dit « Whaou, de la robotique et qui peut avoir un impact immédiat sur le monde ! »

En quoi ce marché est-il intéressant aujourd’hui ? Arrive-t-il à maturité ?
Ce marché est fascinant pour de nombreuses raisons. La manutention est au cœur de tous les processus industriels. Elle permet l’échange et donc le commerce. Dans notre marché de manutention de palettes, il y a de l’ordre de 200 milliards de mouvements par an. Aujourd’hui, nous comptons 5 millions de chariots de manutention dans le monde et à peine 1% d’entre eux sont automatiques. Nous estimons que 20% de ces machines seront automatisées dans les 10 ans à venir.
 
Qu’apporte la robotique à la manutention ? Quels sont ses bénéfices humains et industriels ?
Robotiser ce n’est que faire faire à une machine une tâche qui était faite avant par un opérateur. Cela permet de créer plus de richesses en travaillant moins. Cette idée extraordinairement enthousiasmante réveille des peurs irrationnelles. La robotique doit apporter un bénéfice social direct en réduisant progressivement les tâches les plus dangereuses et les plus pénibles. Pour reprendre notre exemple, cariste est un métier dangereux (22 morts et des milliers de blessés graves par an en France). Nous allons dans un monde où nous ne comprendrons bientôt plus qu’on ait pu un jour gaspiller une ressource humaine si précieuse en lui faisant faire des tâches simples, répétitives et risquées dont les machines sont capables.

Pour les industriels, la technologie Driven by Balyo est une source de gains de compétitivité considérable. C’est une innovation de rupture, permettant le développement de robots hyper flexibles à des coûts incroyablement bas.

Quel coût cela représente pour le professionnel qui souhaite s’équiper ?
Un investissement de 100 000 euros pour un robot autonome installé en France, avec un roulement de trois équipes, permet d’atteindre un retour sur investissement en un an.

Comment envisagez-vous la collaboration homme-machine à l’avenir dans les entrepôts et usines ?
Les hommes vont être amenés à travailler de plus en plus aux côtés des robots. Ils considèreront naturellement ces robots comme les meilleurs des collègues prenant en charge sans rechigner les tâches les plus dures et les moins intéressantes, ce qui leur permettra de se concentrer sur des missions à plus forte valeur ajoutée, dans un environnement plus sûr.

Cette collaboration homme-machine est au cœur de nos réflexions technologiques : par exemple tous les chariots robotisés Driven by Balyo sont équipés de la conduire duale, permettant à tout moment à l’opérateur de reprendre le contrôle sur la machine en cas de besoin.

Quel est l’état du marché aujourd’hui ? Combien de chariots autonomes avez-vous déjà mis en fonctionnement ?
Les robots de manutention sont encore très peu développés (moins de 1% du parc) mais ce marché aujourd’hui est en pleine explosion. Nous discutons avec de très nombreux clients sur les 3 continents. Nous avons à ce jour 296 robots installés dans le monde, ce qui représente une croissance de notre base installée de +96% en un an. Et nous poursuivons ce mouvement avec notre objectif de livraison de 200 robots au second semestre 2018.
 
Où se développe-t-il le plus vite ?
Historiquement, ce sont les pays avec les salaires les plus élevés qui ont tiré le marché (Europe et USA). Nous observons cependant une forte croissance du marché en Asie, région dans laquelle Balyo est implantée depuis 2017, à Singapour.

Comment le voyez-vous évoluer dans les années à venir ?
L’automatisation et la robotisation des entrepôts poursuivent leur essor dans les secteurs de la logistique et de l’industrie. Le potentiel est énorme.

Quelles sont selon vous les futures technologies d’avenir dans la manutention ?
Je pense qu’à l’avenir, de nouvelles fonctionnalités telles que la prise de décision autonome du chariot concernant l’itinéraire optimal, le chargement de camion automatisé ou les inventaires automatisés se développeront.