Établir un plan de trésorerie pour l'obtention d'un Prêt Garanti par l'État (PGE)

Dans le cadre d’une sollicitation en vue de l’obtention d’un Prêt garanti par l’État (PGE), les établissements de crédits demandent à l’entreprise un prévisionnel de trésorerie pour les prochains mois.
Voici une présentation succincte de cet outil de gestion, ainsi qu’un fichier Excel* qui en donne un exemple-type et que vous pouvez utiliser pour votre propre structure (l’exemple pris dans ce tableur reprend le cas d’une entreprise de menuiserie, l’idée étant de s’inspirer de cet exemple).
Évidemment, avec le peu de visibilité que permet la crise actuelle, l’intérêt de cet outil ne réside pas dans les calculs à l’euros près. Il vise avant tout à mettre en relief les risques d’impasse et à élaborer les meilleurs scénarios en conséquence.

*Télécharger l'exemple type d'un plan de trésorerie
https://www.dlr.fr/fichiers/20200409133825_DLR_Plan_Tresorerie.xlsx


Établir un plan de trésorerie

Dans le cadre de la gestion courante de l’entreprise et, plus encore, lorsque le chef d’entreprise souhaite dialoguer avec ses partenaires financiers ou ceux qui notent sa structure (établissements de crédit, fonds d’investissement ou de crowfunding, assureurs-crédit, …), il importe de disposer et de pouvoir présenter un plan de trésorerie à court et moyen terme.
Il s’agit en réalité d’un simple tableau qui permet de suivre l’équilibre financier de la trésorerie de l’entreprise et l’évolution de ses disponibilités au cours du temps. Il permet donc de s’assurer que l’entreprise pourra faire face aux décaissements programmés sur les jours, semaines ou mois à venir, d’évaluer la capacité de l’entreprise à financer son développement, ou encore de vérifier que la trésorerie permettra de faire face à une période creuse.

La présentation d’un tel plan s’avère aujourd’hui indispensable à l’obtention du Prêt garanti par l’État (PGE) via BPI France, dispositif mis en place pour soutenir les entreprises pendant la crise du Covid-19.

Un plan de trésorerie collecte tous les encaissements et décaissements de l’entreprise, il comprend donc deux parties :

Coté encaissements, on trouve principalement le chiffre d’affaires prévisionnel TTC, les apports en capital (capital de départ et augmentations de capital), les apports en compte courant, les avances Dailly, les subventions reçues, les produits financiers et les remboursements d’impôts (TVA, notamment). C’est aussi dans cette partie que se logera le PGE (ou tout autre crédit) demandé. Cela implique donc d’estimer correctement le montant probable du chiffre d’affaires et d’y associer ensuite les délais de paiement probables.

Côté décaissements, on range les investissements, les achats TTC, les frais généraux TTC (loyers, honoraires, entretiens, assurances, dépenses de transport, …), les salaires et charges sociales, les impôts et taxes, les reprises d’apports en compte courant, les charges financières (dont échéances du PGE). Les reports de charges doivent aussi y être mentionnés (en négatif).
Le dernier compte de résultat détaillé constitue souvent une bonne base de départ. Il permet d’identifier les sources de dépenses habituelles (et leur niveau, éventuellement fonction de celui de l’activité), auxquelles il convient d’ajouter les nouvelles dépenses, dont il faut estimer l’évolution probable sur les mois à venir. Reste alors à définir les modalités de règlement associées à chacune de ces dépenses.
La différence entre encaissements et décaissements définit le solde de trésorerie.

Si l’entreprise est multi-bancarisée, le plan de trésorerie doit refléter sa situation dans l’ensemble de ses banques. Il est cependant possible de détailler certaine des lignes par établissement.
• Les achats et les ventes doivent être renseignés TTC, car l’entreprise règle en TTC.
• Pour une entreprise qui emploie des salariés, il faut prévoir, d’une part, une sortie de trésorerie mensuelle pour le paiement des salaires nets, et, d’autre part, une sortie de trésorerie mensuelle ou trimestrielle pour le paiement des charges sociales. En cas de report des charges sociales, une ligne ad hoc doit le mentionner (en négatif).
• Les délais de paiement (clients comme fournisseurs) ont une forte incidence sur les encaissements et décaissements. Ils conduiront souvent à mettre en exergue des décalages de trésorerie. Il convient donc d’y apporter une attention particulière.

À noter que l’expert-comptable de l’entreprise peut (doit ?) l’accompagner dans la mise en place de son plan de trésorerie.
Une fois établi, il est important de le mettre à jour le plus régulièrement possible. Il s’agit d’un véritable outil de gestion de l’entreprise, qui aidera à éviter de mauvaises surprises. Par exemple, si, au milieu d’un mois donné, il est constaté que les objectifs de ventes/de facturation ne seront pas atteints, les hypothèses doivent être ajustées pour anticiper d’éventuelles difficultés de trésorerie.

L’exemple de plan de trésorerie en pièce jointe correspond au cas d’une entreprise de menuiserie avec atelier, dont le CA annuel 2019 s’établit à 1,2M€ HT.
Elle a fait le choix de poursuivre à rythme réduit sa production en atelier fin mars (d’où la présence de charges de fournitures et de salaires), avant de basculer assez largement ses salariés en chômage partiel. De fait, elle ne pense pas pouvoir mettre en œuvre et facturer de prestations avant la mi-juin 2020, avec une montée en puissance très progressive.
En revanche, elle compte obtenir (ou a obtenu) des reports d’échéances pour toutes ses charges d’Urssaf, d’impôt, etc., dès les échéances de mars et jusqu’à fin mai ; il en irait de même pour ses charges d’emprunt.

Pour passer la phase aigüe de crise, l’entrepreneur :
• prévoit d’accélérer –avec succès– ses demandes de paiement en juin (une première vague au 15 juin et non plus seulement en fin de mois) ;
• a sollicité auprès de sa banque un PGE limité à 150 000 euros (soit 1,2 mois de son CA 2019), crédit in fine remboursable au bout d’un an. En cas de besoin, il pourra donc demander d’autres PGE d’ici la fin 2020, à concurrence d’un montant global de 375 000 euros (3 mois de CA).

Sous réserve de confirmation de la reprise d’activité à compter de juin, la combinaison du chômage partiel, des reports d’échéances d’emprunt et du PGE, permettrait donc à l’entreprise de passer la période de crise sanitaire sans impasse de trésorerie, qui s’afficherait lourde en mai-juin sinon.